Portrait : Maud Jurez

C’est elle qui fait souffrir Claude François dans le film de Siri, Cloclo. Maud Jurez vient de la danse et de la télévision. elle fait penser à ces prêtresses de l’Antiquité lorsqu’elles indiquaient aux fidèles les nouveaux messages de la Pythie : l’art domine le monde et les Dieux sont d’accord.

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Apparences : Bukowski est-il un ange ?
Maud Jurez : Non.


Et vous... Ange ou démon ?
Je suis plutôt un ange.

Préférez-vous être une dame ou une enfant ?
Oh... Une enfant. L’instinct et l’intégrité des enfants me fascinent.

Quelle est la faiblesse du monde ?
La faiblesse de l’esprit.

Et sa force principale ?
L’énergie.  

Un ange est-il pauvre ?
Pas du tout. Il est riche.


Quelle est votre richesse ?
L’authenticité... je crois.


Le corps est-il une apparence ?
Oui. Mais il peut transmettre quelques vérités.


Vous aimez l’œuvre de Bukowski. Aimez-vous, comme lui, les odeurs ?
Évidemment. Les odeurs vous emportent vers des souvenirs ou des envies.


Qu’est-ce que l’équilibre pour une danseuse ?
C’est l’association du corps et de l’esprit. Très jeune, on nous apprend à avoir conscience de nous-mêmes et de nos envies précises, à ne pas pleurer, à compter sur le travail et l’effort. On apprend à se dépasser.

Une actrice cherche-t-elle son double ?
Je ne pense pas.


Une actrice cherche-t-elle son image ?
Pas plus.


Que cherche-t-elle, alors ?
Ses fantasmes. Ses opposés. Moi j’aime les rôles durs. Ceux dans lesquels on ne m’attend pas. Plus le personnage est loin de moi, plus il y a de travail, de recherche, d’introspection, plus le rôle m’excite. Je travaille actuellement sur une nouvelle de Bukowski. Ses personnages sont aussi rugueux que lui.


Dans « Cloclo », vous jouez à merveille la fille BCBG, froide et précise, qui tombe amoureuse du chanteur et le jette comme un kleenex. Est-ce cela un rôle dur ?
C’est surtout le rôle d’une femme très jeune et en même temps très femme. Elle est impeccable, comme on l’était dans les années 1950. Elle a envie de bouffer la vie. D’être heureuse. Elle a de l’ambition et celle-ci la fera plus d’une fois rentrer en conflit avec Claude. En revanche, elle ne le jette pas comme un kleenex, c’est la jalousie oppressante et excessive de Claude François qui la pousse à le quitter. Ce qui était génial à travailler dans ce rôle, c’est évidemment l’accent anglais, mais aussi l’attitude d’une fille de 20 ans dans les années 1950.


Mais vous-même, qui êtes-vous ?
Enfant, je voulais être actrice ou chirurgien. Pourtant, un peu par hasard, j’ai passé le concours pour rentrer à l’Opéra de Paris à 10 ans et j’y suis resté 5 ans. Le premier jour, on ne se doute pas de ce qui nous attend. Et pourtant, dès notre entrée, on comprend ce que cela veut dire.
C’est une magnifique école de la vie. Hallucinante. Ensuite, je suis partie danser chez Maurice Béjart, puis j’ai fait une création avec Jérôme Savary, "La belle et la toute petite bête"*. J’ai vécu ma dernière expérience de danse en tant que meneuse de revue au Moulin Rouge. à ce moment-là, je décide de revenir à mon premier amour, la comédie, et vais prendre des cours au Laboratoire de L’acteur dirigé par Hélène Zidi. Là, j’ai appris à me dépasser dans un rôle, à savoir ceux vers lesquels j’avais envie d’aller. Les schizophrènes par exemple. Les malades mentaux me fascinent. Ils ont des passages sans retenue. Ce sont des personnages extrêmes, et j’adorerais jouer dans des conditions extrêmes.

Elle est fine, jolie, sensible. Mais elle n’est pas fragile. Dans notre monde aux changements vertigineux et de toutes sortes, Maud Jurez a toute sa place. Elle va donner toute sa mesure et sa démesure. Car rien ne l’arrêtera.