Jeux de parfums

Ode à l’Orient

Quelque chose de magique, de presque d’envoûtant, émane de ce flacon. Quelque chose d’exception aux allures de prouesse olfactive, sur laquelle l’esprit voyage jusqu’aux confins de l’Orient. C’est cependant dans le sillage du contraste que le parfumeur Christophe Raynaud a choisi d’installer son Oûd. De ses effluves cuirés et animaux d’origine, le bois éponyme garde ici sa ferveur, sa force et sa douceur...

Mais une fois sur la peau, il se drape de la fraîcheur de la rose, s’illumine dans l’exotisme du safran et du patchouli, et caresse langoureusement les éclats de sauge et de vétiver. Touche ultime d’excellence, le flacon qui s’ouvre sur le raffinement comme les portes de la maison Lancôme s’ouvrent sur l’élégance


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L’emprise des sens

Comme l’aube d’été éclabousse des pupilles endormies ou qu’une page vierge étourdit l’écrivain, comme un manteau de neige enivre la montagne ou qu’une toile immaculée invite à la création, le blanc marque ici son sceau de liberté. À la fois pure et fragile, insolente et subtile, cette couleur absolue signe ce nouveau jus de Courrèges. De la noblesse de son patchouli, il tire sa singularité et souligne son appartenance à la maison de couture. De ses notes d’iris intenses et éphémères, il exhale la majesté florale et fait naître l’addiction. De son fond empreint de musc, d’ambre et de bois blancs, il ressuscite sans fin sa délicatesse. De la géométrie épurée de ses courbes et de son bouchon lune, il exalte la vue et enchante le toucher. Un mariage que l’on accepte volontiers blanc parce que simplement parfait.

 

 

Valentino

Si le raffinement pouvait se humer, ce serait celui-là. Un état de grâce perceptible à l’œil nu qui se confirme dès les premières senteurs. Dans sa quête de sensualité, le maître parfumeur Olivier Creps crée ici une féminité magnétique, faite de dominantes chyprées. Il y orchestre subtilement la fraîcheur de la bergamote et de la truffe blanche d’Alba, laisse ensuite s’épanouir un bouquet de jasmin et de tubéreuse enrobés de vanille, pour achever sa partition olfactive sur des notes de mousse de chêne et de patchouli. À la virtuosité du jus, le flacon fait écho. Perles noire et rose en cuir donnent le ton de son luxe discret.

 

 

Obscur objet de désir

La nuit est aux rêveries ce que Coco Noir est au parfum. De son écrin charbon jaillit la quintessence de la maison Chanel. Une ode à la féminité jamais démentie et qui s’illustre une fois encore ici. Identifiable à souhait par des notes musquées et boisées, cette fragrance signée Jacques Polge est une digne héritière de la marque. Dans l’ombre du flacon, le créateur aime nous surprendre en distillant la fraîcheur du pamplemousse, du jasmin et de la rose et finit par cueillir l’émotion au cœur du cèdre et du santal. On ne peut alors empêcher notre imaginaire de vagabonder et d’aller là où, il y a à peine moins d’un siècle, Gabrielle Chanel aimait se promener : à Venise, la nuit…

 

 

Santal Majuscule

C’est dans les méandres de sa mémoire que Serge Lutens est parti chercher l’inspiration de Santal Majuscule. Réminiscence d’un créateur jadis écolier qui parsemait ses cahiers d’enluminures flamboyantes et de lettres majuscules aux reflets pourpres, bleu et or. L’écriture de ce jus se raconte comme une légende moyenâgeuse, où de preux chevaliers délivraient des princesses esseulées et les paraient de lumière. Sur les mots d’hier courent les odeurs d’aujourd’hui. Celles d’un bois épicé aux couleurs du santal, d’un cacao doux-amer au parfum rassurant et d’une Rose de Damas, assez fraîche et poivrée pour poursuivre l’histoire.

 

 

Une voix noire

Billie Holliday aimait orner ses cheveux d’une fleur de gardénia et donnait dans sa voix chaude, rocailleuse et fragile, toute l’ampleur de son âme. Au carrefour d’Une Voix Noire, Serge Lutens croise le souvenir de la diva. Comme un murmure jazzy qui aurait pu lui montrer la voie, le maestro du parfum compose ici un air unique. Une fragrance féminine qui mêle aux volutes de tabac et de rhum le bouquet fruité-floral et légèrement capiteux des fleurs de Gardénia.

 

 

Deux stars en une

En 1948, les grands nez de la parfumerie se conjuguent rarement au féminin. Germaine Cellier fait pourtant taire les a priori lorsqu’elle crée Fracas.
Un concentré d’audaces olfactives qui inaugure dans son métier la famille des grandes tubéreuses. Et ce soliflore ne se contente pas de bousculer les conventions : il s’installe au panthéon des parfums stars et traverse les ans sans jamais se perdre, ni perdre son essence : des notes fraîches de fleurs blanches, de bergamote et de mandarine, une goutte de tendresse avec l’eau de fleur d’oranger et un final teinté de volupté avec le jasmin d’Égypte, le Gardénia et la Rose de Damas.
Dédié cette année par Robert Piguet à la fidélité d’Isabelle Huppert, Fracas version 2012 est en édition limitée.

 

 

Entrer dans la légende

Les modes passent, les parfums restent. Tel pourrait être l’intitulé de l’histoire de Joy.

À moins qu’il ne soit : le parfum le plus cher du monde. C’est en effet un pari audacieux que Jean Patou a lancé en 1929, lorsqu’il décide de lancer Joy. En guise de pied de nez à la crise économique qui fait rage, il demande à son parfumeur maison d’imaginer une fragrance hors du commun.

En ayant libre cours à son imagination comme à ses dépenses, le « nez » met au service de son jus les essences les plus précieuses. Le résultat séduit Jean Patou, mais pas au point de le commercialiser d’emblée : il veut doubler la concentration des matières naturelles.

10 600 fleurs de jasmin et plus de 300 roses sont alors nécessaires pour créer seulement 30 ml de parfum. Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait le luxe de l’ivresse. Contre toute attente, Joy est un succès et entrera ainsi dans la légende.

 

 

Le luxe à l’état pur

Trente ans après son premier opus, le cultissime parfum féminin de Giorgio Armani connaît une nouvelle mise en scène. Il ne s’agit plus là d’envoûter les sens mais de les éblouir…

Sur un accord de chypre traditionnel, viennent s’enrouler des fleurs de jasmin et des pétales de rose. De leur douceur et de leur onctuosité émanent les caractères boisés du patchouli et du santal. Mais plus que toute autre illustration du luxe, le flacon se mue en objet de collection. Sculpté dans un bloc de cristal, il abrite une goutte d’ambre, et selon la tradition de la parfumerie classique, une tige en cristal noir permettant de prélever le parfum goutte à goutte.

 

V. Aïache