Aux portes d’une autre vie

Louise a deux attaches. L’Inde et la France. D’une mère française, d’un père français et d’origine indienne, elle fut élevée en France. Les deux peuples, les deux cultures se sont rencontrés en elle et forment un point d’interrogation.

Un master 2 acquis dans une faculté française, elle est allée à la rencontre de son autre nation, d’un rêve profond déjà inscrit dans son cœur. Deux mondes si lointains participent, en fait, d’un même principe. Celui du temps humain, de la connaissance recherchée, toujours recherchée, depuis des millénaires, depuis le premier homme ou la première femme...

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Apparences : Une différence entre l’Inde et l’Europe occidentale ?

Louise Savri : La pauvreté et la richesse se côtoient bien plus qu’en Europe. J’ai vu des enfants qui mendiaient, et mon cœur s’est serré. Je ne pouvais rien pour eux. À part leur donner quelques pièces, mais c’était leur nourriture pour quelques jours, seulement. Cela ne résolvait pas leur problème.

Une autre différence ?

L’extraordinaire sociabilité des Indiens, toute condition sociale confondue. Ils étaient heureux que je sois française, que je vienne les voir. Ils m’invitaient chez eux, me faisaient des cadeaux, même les plus modestes.
Je ne dis pas du tout, en racontant cela, que les Français sont moins gentils. Mais cela se passe ailleurs qu’en termes de sentiments. Au niveau de la prise en considération des choses. Les Indiens ont une notion de l’être qui n’est pas inscrite dans le temps et la contingence.

 


Et plus loin encore dans la différence ?

Le respect des classes sociales et de la hiérarchie dans le travail. Ce n’est pas une servilité plus grande qu’en Occident. C’est une façon de montrer sa place dans le grand jeu de la société. Et de montrer que si l’on accepte celle-ci, c’est parce que l’on est digne, inscrit dans une sorte d’ordre naturel, où l’on est heureux. Les choses sont certainement en train d’évoluer. Mais je pense qu’il restera toujours cette notion d’accepter sa condition, et de penser que chacun a un rôle spirituel, humain, à devoir accomplir durant les expériences de sa vie, à l’intérieur de son propre cercle.

Ce n’est pas une soumission telle qu’on la vivrait en Europe. Mais une acceptation au nom du respect et de quelque chose qui est fondamentalement de l’amour : amour des autres, amour de la vie, amour de sa propre vie...
En quelque sorte, c’est participer à une démarche qui mène à comprendre sa religion, et aller vers Dieu. Cette démarche se retrouve dans la vie des couples... avec les enfants, avec les amis... J’étais une invitée et j’étais choyée. Non par curiosité. Mais pour me faire plaisir, comme si ma présence était un signe de joie, de lien avec l’extérieur et l’indicible.

 


Travail… Joie… Bonheur ?

C’est un peu cela. J’ai mené une étude dans l’entreprise Tata. Elle a été fondée par des Parsi. C’est un peuple iranien qui est intégré à l’Inde. Ils ont mis à profit la colonisation anglaise pour lancer de grandes entreprises. Tata est un géant de l’industrie dans le monde : informatique, communications, services. C’est le modernisme de l’Inde pour un monde globalisé. On pourrait dire tradition et modernité. De grands buildings et des employés qui ont le niveau et le standing des salariés occidentaux. À côté de campus et pas très loin de bidonvilles. L’Inde est un mélange. Une force. Où le malheur économique est visible tout autant qu’une vision prospère et dynamique.
Ce contraste est peut-être la définition du travail, de la joie, et du bonheur, qui sont toujours liés, ceci quelle que soit la civilisation, à ses drames et ses malheurs. La force de l’Inde, c’est la formidable énergie vitale de ce peuple qui est en train de se moderniser à toute vitesse. C’est un augure favorable pour l’avenir du monde au XXIe siècle.