Cette lumière autour de nous

L’incontournable, l’élément mystique et matériel qui échappe le plus souvent à la décoration, c’est la lumière...

Jean-Louis Deniot est un virtuose de ces couleurs qui la composent. Il joue sur elles pour ordonnancer les formes de ses décors et créer ses points d’équilibre. Il nous explique jusqu’à quel point on peut l’apprivoiser.

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Apparences : L’architecture des lieux donne-t-elle des règles pour l’éclairage ?

Jean-Louis Deniot : Oui, absolument. Le plan et les circulations ont souvent besoin d’être modifiés afin de pouvoir tirer avantage des axes de l’éclairage naturel mais également de favoriser le décor, l’atmosphère et la mise en valeur par un éclairage artificiel adapté aux structures.

L’agencement des meubles influence-t-il la lumière des lieux ?

Les éléments meublants peuvent être considérés comme partie intégrante du plan car ceux-ci constituent des volumes, donc des ombres et des lumières, des obstacles, des ouvertures, mises en perspective ou au contraire des fermetures. L’agencement du mobilier aide à architecturer l’espace.

L’agencement du mobilier définit incontestablement les sources d’éclai–rage artificiel. Si je trouve ou choisis un meuble au préalable et que celui-ci est particulièrement fort, j’aurais plutôt tendance à utiliser une lampe vintage tout en élégance. En revanche, si je commence avec une lampe sculpturale qui en impose, j’opte alors pour un meuble plus simple bien que toujours important pour porter celle-ci.

Procédez-vous par vision d’ensemble, en partant du global pour aller au particulier, ou bien faites-vous l’inverse ? Faut-il résoudre une à une les questions qui se posent en décoration, ou bien avoir une vision plus générale ? Faut-il chercher un résultat bien défini au bout de la première analyse, ou bien apprivoiser le hasard ?

Chaque projet est telle une histoire que j’écris, et chacune de ces histoires s’inspire du type de projet qui m’est confié, le pays où celui-ci se déroule ainsi que les souhaits et exigences du client. Le concept qui porte chaque projet est unique, de même que le thème, l’atmosphère, le style et la personnalité. Tout est conçu de telle façon à représenter au mieux les choix et préférences du client.

Il est important de commencer avec une vision générale. L’existence d’une idée motrice est essentielle. En revanche, il est important de ne pas se laisser influencer par des détails d’ordre mineur car ceux-ci peuvent aisément faire obstruction. Il est, certes, nécessaire d’avoir une ligne conductrice, mais il faut également laisser faire le hasard. C’est dans la recherche, dans la découverte ou l’absence de découverte que se dessinent et se décident les choses.


Y a-t-il une mondialisation de l’art de la décoration ? Avec les mêmes goûts qui s’affirment quels que soient les continents ?

Le lieu est un élément clé. Il est pour ma part inenvisageable de créer un espace à Moscou, New York ou Londres dans le même style. Il est évident que l’intérieur doit refléter l’endroit où l’on se trouve. Une maison à Londres devrait posséder une touche typiquement anglaise, une autre à Moscou devrait renvoyer à l’extraordinaire histoire de l’art russe.

 

à New York, l’on peut se permettre de faire preuve d’innovation, bien qu’il semble être d’actualité de créer des appartements dans le style parisien, ce que je trouve personnellement commun et quelque peu déplacé.

L’artisanat ainsi que les finitions sont spécifiques au pays où s’effectue le projet et je les échange d’un pays à l’autre, créant des éléments qui s’accordent parfaitement avec le pays d’origine tout en utilisant des finitions étrangères en vue de créer la surprise et d’obtenir un résultat unique.

J’adore voyager et découvrir de nouvelles destinations. J’y puise mon inspiration.


On parle souvent de symétrie en ce qui concerne vos créations. Êtes-vous d’accord ?

Au commencement, je fonctionnais beaucoup dans la symétrie car elle est source de réconfort et apporte une notion d’équilibre instantanée. Aujourd’hui, je plane entre la symétrie et l’asymétrie. Lorsque ces deux concepts sont juxtaposés, l’espace prend vie et les interactions deviennent plus intéressantes.

Quels peintres aimez-vous ? Vous influencent-ils ?

Je ne suis pas particulièrement influencé par la peinture bien que j’en sois grand amateur. La peinture, toutes mouvances confondues, me passionne. Il existe très peu de courants artistiques qui ne me plaisent. Il me semble néanmoins que l’architecture est un art plus important que l’art lui-même qui selon moi est plus interchangeable et relève davantage du contemplatif.

 


Au sujet des éclairages. Utilisez-vous beaucoup les lustres, ou bien préférez-vous les éclairages indirects, les lampes, les appliques ? Utilisez-vous d’autres moyens électriques, au plafond ou au sol ?

Le plus souvent, j’ai recours à de l’éclairage artificiel afin de donner aux pièces une allure vibrante et accueillante tout en prenant garde à la lumière naturelle par souci d’équilibre. Certains clients aiment la lumière en abondance, d’autres moins ; l’usage de variateurs pallie ces différences.

En commençant par l’agencement des meubles, je parviens à définir les différentes sources d’éclairage nécessaires. Qu’il s’agisse d’appliques, d’éclairages à tableaux, de corniches lumineuses, de lampes de lecture, de lampes de table, de lampadaires, de spots au sol ou de lustres, je sais qu’il me faut au minimum huit sources de lumière par pièce, avec au moins deux à chaque extrémité.


Comment gérer la lumière naturelle par rapport aux objets ?

La lumière naturelle est l’unique élément en matière de décoration avec lequel je n’ose interférer. C’est un élément incontrôlable dont l’impact sur le décor est inestimable, fait de surprises et de beauté. Selon les saisons, au levant et au couchant, la lumière offre des perspectives nouvelles, et révèle des aspects différents. Je ne lutte jamais contre la lumière, au contraire j’aime la laisser faire.