Le reflet de la couleur

Cet homme est-il révolutionnaire ? 

Les couleurs sont vives, chatoyantes comme des rubis, elles incitent à la transparence, au miroir. Tout un reflet de la pierre se trouve mis en valeur. Jean Boggio a un instinct de géologue. Chaque couleur mène à la découverte de la suivante, on avance au fond de la terre, et cette terre enfouie est récupérée par notre regard.

 

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Nous entrons dans un voyage interne, le centre de la planète devient notre centre à nous, puisque nous nous révélons à la beauté à partir de nous-mêmes et de notre propre terre. C’est une règle alchimique. Et un joaillier de formation, tel Jean Boggio, est un alchimiste.

La subtile alchimie n’explique pas. Elle révèle. Et le monde de Boggio se révèle à lui-même, par une vivacité du bonheur, de l’intelligence pure, sans théorie, mais avec un immense voyage, au cœur des réalités universelles. L’alchimie n’est pas une découverte grave et mystérieuse, mais une joie de vivre, d’éclairer le monde en lui révélant ses multiples joyaux. L’esprit est libre. Il est fertile. Il vogue où il veut. Il éclate en mille sonorités. Et les musiques ainsi formées sont des couleurs, des formes définies qui mettent en avant la couleur, parce que tout est dit dans le reflet.

Est-ce pour cela que ce grand créatif se trouve en osmose avec l’art venu de la Chine ?

 

Finesse, éternité, pour comprendre les mystères

Ce pays a toujours fait attention à ce que l’on appelle en Occident le ”détail” mais celui-ci n’a pas la même signification en Orient. Boggio devrait-il dire comme le général de Gaulle : J’arrivais dans l’Orient compliqué avec des idées simples ? Certes, il y a un ordre du monde dessiné par Jean Boggio. Mais il est loin de correspondre à une idée simple et directive. Il épouse la couleur comme une vocation. Il la présente en des teintes douces mais qui sont fortes.
Leur juxtaposition ouvre des espaces et des temps auxquels nous ne sommes pas habitués. Le vol d’une libellule intervient dans le vol d’un papillon qui crée un éternuement chez un trader en haut d’un building à New York. Le climat se refroidit puis se réchauffe selon le détail que l’on regarde. On se croit dans une petite partie du décor, et l’on trouve en son intérieur un monde nouveau, sphère terrestre qui nous ouvre à son tour à d’autres horizons.
Nous ne sommes plus dans un monde à quelques dimensions, nous sommes dans un univers où la dimension importe peu, parce que la recherche se fait au niveau d’autres particules dont nous prenons conscience, par le calme, le repos, la beauté fabuleuse qui sort de toute une originalité sur laquelle vogue Jean Boggio.

Le point originel est alors comme le point final, enrobé d’un cercle psychique menant au bout du monde.

Et ce monde, que l’on dit parfois baroque, est celui d’un art total qui dépasse le principe même de séparation entre conscience et inconscient ; il n’y a plus de clivage, mais l’unité retrouvée de quelque chose que l’on avait perdu. Le travail psychique ainsi mené est très fort. Il explique vie et, au-delà de la vie, autre chose que la mort.
Il explique le fleuve dans lequel jamais on ne se baigne deux fois. Cette unité retrouvée dans la différenciation explique la différenciation des objets, leur noblesse qui est évidente, leur épanouissement qui en est la conséquence. Nous recevons ainsi une leçon de vie merveilleuse, à la Lewis Carroll. De l’autre côté d’Alice, il y a le miroir du bon goût, qui donne la pierre magnifique, que donne la création.
On pourrait alors se poser la question du rapport au temps de Jean Boggio. Et s’il n’y en avait pas ? Le temps passe, les couleurs restent plus longtemps. Mais le reflet de la pierre, c’est encore autre chose. Ses ondes circulent à partir des fréquences de lumières, et elles partent  intactes dans l’univers pour l’éternité...

 

Ces dimensions et ces formes absolues de Boggio semblent dire à notre pensée la même chose : nous existions déjà avant de naître, dans une mémoire immémoriale, contenue dans cette première goutte de mystérieuse vie descendue du ciel sur la terre à cause de la volonté de quelques dieux ou de quelques héros. L’art est donc comme cela, un perpétuel récit de la même âme morte qui se promène sur terre, et qui raconte ce qu’elle voit, entre des papillons, des salles de fête, des bruits et des chuchotements. La soie apparaît. L’orfèvre joaillier est allé sur la Route de la Soie. À la rencontre de cet autre monde souple, mais qui permet d’être consistant, celui du tissu immémorial, venu d’Asie, et adulé en Occident. Le bijou et le tissu... C’est là aussi une affaire de reflets, de songes, de rêverie, de musique, et de flore extraordinaire. On part à l’aventure. Et on peut voir celle-ci, lorsqu’elle est rapportée et qu’elle s’étend dans une chambre, dans un salon en plein Paris, ou au milieu de la campagne française, dans un château à décorer.

Le bruit et le silence participent du même univers

Il n’y a rien qui se crée, rien qui se transforme, tout existait déjà dans la première goutte de vie qui descendit sur terre. L’art n’est pas une suite progressive à la Darwin, il raconte ce qui est, parce que nous l’avons oublié.
Boggio est un grand esprit baroque parce qu’il perçoit cet ordre immuable, extravagant, rempli de bruits et de passions, de points d’exclamation qui s’en vont à l’infini, volutes inaccessibles pour le commun des mortels, que nous regardons toujours fascinés dans une église mal éclairée.
Et les couleurs se forment dans notre esprit, le rouge et le noir de Stendhal, le violet des prêtres et le mauve des princes secrets ; comme un tam-tam sourd, on entend le bruit du battement de cœur de Boggio qui nous raconte ce qu’il voit. Et ce qu’il voit est très beau. C’est le tambour du fantôme qui marche sur le chemin de ronde d’Elseneur à la rencontre d’Hamlet, qui chante l’injustice du monde d’une voix de juste.

Et toujours, ces choses brillerontde feux splendides