Ambiances baroques

Loin de l’enveloppement des grands manteaux protecteurs du jour, des tenues de garçonnes à la recherche de leurs forces perdues, à distance des moments du quotidien vécus sur le mode mineur, il existe un autre monde : celui de la nuit, avec les feux de ses atours, les lumières baroques de ses fêtes et les éclats de ses rêveries.

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Le baroque est ainsi : il transforme le froid en source brûlante, il tourne des formes extraordinaires, il affirme dans le point de détail. Il part vers le ciel, par l’affirmation que la vérité est courbe, volute, liberté totale de l’ornement, jusqu’à ses points de suspension...
Les tissus ont des reflets de métal, les cuirs sont brodés de cristal et les vestes épaulées de rubis et d’améthyste. Triomphe des silhouettes, raffiné du drapé des minijupes et des coupes de pantalons chez Balmain, la collection d’hiver d’Olivier Rousteing est éblouissante.
Et la force vient de cette fragmentation que la femme sait si bien utiliser pour se parer de ses habits. Son âme est là. Derrière son imaginaire qui s’établit sur ces lignes infinies. Son rythme est le fusionnel. Rien n’est souffrance, tout est diffus et rassemblé à nouveau. Le baroque ne repose pas sur l’échange d’informations, mais sur l’information offerte à l’état brut, à tout le monde, à l’image d’Internet. Tout est égal, accessible, un lien total lie dans un art total le psychisme, le physique, le moi et le surmoi. De multiples couleurs présentent Narcisse et son double retrouvé, non plus perdu dans la matière de l’eau, mais sublimé, dans la prise de conscience de l’émotion.

 

La lumière de l’Italie

Belles broderies, incrustations de bijoux, avec une clarté, celle de la Sicile christique. Finesse des dentelles rouges et noires, gestes délicats dans la comédie de la vie, comme les cendres du feu qui se partagent la chaleur... C’est une couture qui donne à la femme la permission de tout. Le corps est un élément du théâtre, il atteint une dimension éphémère qui permet de toucher tragiquement à la beauté.
La robe épouse le corps.
Le regard se voile, pour marquer la distance entre la femme et son espace, protégé par une vieille civilisation de douceurs et de grâces distinguées.

 

 

Belle comme une image

Chez Lanvin, Alber Elbaz signe la femme comme un peintre signe une toile. On ne sait plus si le tableau est vivant ou si la mannequin très sage est un modèle dans un tableau.
Dans cette marche sur les podiums, elle nous offre sa pureté. Son regard fixe le flocon de givre éventuel, les yeux dirigés vers le blanc et ses opposés, le rouge et le noir, pour atteindre la perfection.
C’est alors l’apologie de la silhouette, la même que l’on retrouve dans les temples égyptiens ou dans les tableaux de Watteau, ou sur les toiles des romantiques allemands. On dirait presque un rappel des arts décoratifs ou des années de l’entre-deux-guerres.
La ligne Lanvin est fluide, sage, élégante, et le cou peut être délicatement entouré d’une fourrure, sous forme d’un collier qui attache la femme à la chaleur de son foyer.
Le noir est rehaussé de bijoux qui brillent, avec des mots qui racontent les amours et les hivers.

 

 

La vertu de la beauté

Peintres flamands et décors Renaissance

La femme en sa splendeur réservée inspire à Valentino des robes aux formes légèrement strictes, où l’unité de couleur va retenir l’attention. C’est le chatoiement du ciel lors du début des incendies, lorsque la forêt est un songe, et que les braises n’apparaissent que par intermittence, encore cachées dans les sous-bois.
La nuance est alors essentielle. Le sens des couleurs devient une sorte de mystère entre l’Art et l’Idée. Un message est incorporé à chaque vêtement : c’est celui d’une vie qui regarde l’éclosion des choses, le retour de chaque instant à sa place en un ballet mystérieux de Haute Couture. Dans cette analyse de l’équilibre et de la grâce démontrés par la femme, la silhouette devient lumière. Strictement heureuse, simplement belle, la robe habille le corps telle une morale issue de la Renaissance.

 

Dans les désirs de la nuit, la dentelle habille l’âme de toutes ses perfections.

 

Séraphita

La créatrice Tara Jarmon, habituée des couleurs acidulées, habille pour le soir les jeunes filles de noir. Avec des bijoux baroques. Elle donne un cours, une conférence de style sur la ligne droite et absolue. Pour retrouver toute la rigueur de la pensée qui habille les femmes modernes.
Les signes géométriques du triangle et du carré laissent deviner une peau toujours charmante, toujours séductrice. Le noir est ainsi mis en valeur telle une contre-réforme des couleurs baroques, pour la mise en valeur de la tête, du visage et de la chevelure, dans une étreinte où la lumière joue pleinement son rôle sur le reflet de cette peau : elle est appel à un désir occulte de l’air, du feu, et de la terre, tout en bas, au bout des pieds, alors que c’est le visage sur lequel le regard se pose en second, comme rivé au noir des habits, et à la suite nocturne de la raison amoureuse.
Ainsi se forment des voiles de conscience, forces de l’amour, toujours présentes dans cette collection.