La parole intime

L’objet du monde est de regarder le monde. Peut-être sommes nous faits pour regarder, uniquement pour regarder...

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Je veux son doute. Je veux sa nuit. Et sa voix qui change de ton lorsqu’il regarde mes épaules, mes cheveux, mes jambes. Je me souviendrai du premier geste de l’homme enfant, et de la femme fleur, des buissons odorants du jardin et de mon souvenir.

Et les formes imaginées dans des vagues successives

Je regarde la douce lumière des choses, lorsque la nuit vient dans mon âme. De quelle ville Œdipe est-il le prince ?  Aveugle de désir, homme mortel légendaire, incapable d’affronter les dieux et de gagner, capable de trahir trois fois avant le chant du coq, il cherche le roi du monde et ne le trouve pas. Moi, je ferme les yeux pour mieux voir, mieux entendre. La vie est vivante. Nous ne mourrons jamais. Je capterai son regard de gestionnaire, et je lui offrirai le remords, le doux sentiment de sa culpabilité. Mon regard est ma morale. Je vois mon corps.
La robe et la jupe, le jean et les bottes, les chaussons, les chaussures. Je suis la vraie reine. Personne ne le sait. Soutien-gorge, voile, culotte, corset, mes fesses et mes seins enchantent le sommeil de l’oiseau. Une barre se pose sur les lettres de l’amour. Elle les prend. Un cri retentit dans la maison lointaine. Ce n’est pas moi. C’est l’autre. Je détruirai le sourire sur le visage de l’homme qui m’ignore. Me voyant nue, il prendra le désir, habillée, il choisira toujours le désir. Je pourrai le griffer, le tromper, le mener sur le chemin de ma connaissance. Mais je brouillerai les pistes pour le mener à l’exaspération. Où donc Œdipe règne-t-il ?

Rayon vert

Dante ne savait pas que Béatrice le trompait. Avec un perroquet bleu, parce qu’elle était surréaliste. Je me souviens du goût de l’oiseau, et de la fenêtre à moitié fermée, lorsque j’étais assise et attendais le début du jour. Je ne l’ai jamais dit à personne : J’aime l’eau de Javel et les mots précis de Dante lorsqu’il disait qu’il m’aimait. J’aime aussi le contact du linge sur mon corps nu. Il faudra que j’aille chez le coiffeur. J’y mènerai mon perroquet. Il veut voir un coiffeur. Lui parler de son pays, de l’Inde mystique, et de la parole perdue. Des hommes et des femmes. Lorsqu’ils veulent rapprocher leur corps. Dans la chaleur de Bombay.

Un riche marchand de Venise acheta un perroquet lors d’un de ses voyages en Orient.

De retour en Italie, le perroquet dans sa cage paraissait triste. Le marchand l’aimait beaucoup et lui demanda ce qui lui redonnerait le sourire. L’animal le pria, lorsqu’il retournerait acheter des marchandises dans son pays, de revenir dans la clairière où il avait été capturé. Il faudra qu’il dise aux autres animaux que le perroquet leur donnait le bonjour. Ainsi fit le commerçant. Il se mit au milieu de la clairière, et il cria : « Le perroquet vous dit bonjour. » Alors tous les animaux vinrent vers lui et tombèrent inanimés. De retour à Venise, le riche marchand raconta étonné à son ami le perroquet emprisonné ce qui s’était passé : tous ses amis étaient morts brutalement. À ce récit, le perroquet tomba de son perchoir et devint tout raide. En larmes, son ami le marchand le sortit de sa cage, et le posa sur le rebord d’une fenêtre.

Le marchand alla chercher une petite boîte en bois pour enterrer son ami le perroquet. Mais quand il revint, il vit celui-ci battre à nouveau des ailes et s’envoler par la fenêtre. Et il se rendit compte de son erreur : on lui avait donné un message qu’il n’avait pas compris. Et le perroquet avait pu s’enfuir, aidé par les autres animaux qui avaient eux aussi joué à simuler leur mort. Ainsi, la parole secrète est celle de nos corps et de notre liberté.

Une jeune fille en rouge savait que le soleil ne se lèverait plus pour Lady Macbeth et Œdipe. Ils continueront à se promener dans la nuit. Il paraît que seul un bijoutier citoyen du Paraguay tient dans sa main le destin du monde. À la recherche de l’œuf philosophal, il a pénétré la cité interdite. Le soleil plongeait ses reflets dans le lac du Ypacarai. Il a vu la vieille Indienne, allongée à l’intérieur d’un camion, comptant les débris des planètes. C’est elle. La fille éternelle. Grosse. Énorme. Elle compte les secondes qui séparent la vie de l’extase. Elle sait l’alphabet des anciennes familles. Sans elle, la magie du monde n’existerait pas. Je suis au courant des secrets, lui a-t-elle dit. Lors des cérémonies vaudou, les coqs parlent aux chiens.  Les corps s’envolent. La vieille sorcière dit l’avenir. Je moule mon corps dans une lingerie intime. Je sens l’odeur du tissu délicat.

Notre monde a souhaité la logique. Les couchers du soleil photogéniques, les chants de Maldoror, et le pari du marchand de cochon, il croit par prudence, pour créer le monde chaud ou froid, cuit ou congelé. Je préfère les millièmes de secondes. Les fauteuils de cuir et le chant du paysan, lorsqu’il revient des foins, la fourche sur l’épaule. Dante de nos jours cherche le nombre d’or dans la suite de Fibonacci. Il s’intéresse aux mathématiques aléatoires. Le perroquet bleu court le ciel jusqu’à New York. Pour voir le dernier défilé. Celui des ombres et des robes. De la couleur de ses plumes. Cacatoès. Couleur grenadine. Vert vif et orange. Ce sont les auras autour des corps. Et la musique teinte mon cœur. Je vous ai menti. Je n’ai jamais trompé Dante. Je suis partie à l’intérieur de mes propres cercles. Trouver le linge me couvrant à peine. Il me transforme en livre d’art, en indifférente, de la divine comédie des podiums, de l’enfer et du paradis. Mon corps s’offre à la lumière dans un monde binaire de certitudes colorées.

Et Dante aperçut le monde vivant tel qu’il était, avec ses formes et ses mots enchanteurs.