La femme absolue

Le nombre infini est dans deux que divise trois...

 

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L’art obéit à des règles.

On essaye de sortir de cette idée. Mais on se heurte à la réalité des faits.
Et pourtant, comme cela serait beau, un art libre. Qui éclaterait dans le ciel. Qui serait ouvert, dynamique, cybernétique, mi-homme, mi-femme, mi-louve, mi-objet.
Mais c’est malheureux. Un tel art n’existe pas. Ou plutôt, il y a des tentatives. Mais elles échouent, les unes après les autres.
On n’y peut rien. Notre monde possède sa logique. Et nous sommes éléments de ce monde. Nous ne sommes pas des reptiles sur une autre astéroïde. Nous ne sommes pas des vivants sur la planète 69696969 de la galaxie de l’invention totale. Nous faisons partie du monde du nombre d’or, nous sommes inscrits dans ce scarabée 1,618033988751...
Tout le monde connaît ce nombre d’or. Notre art et nos artistes tournent autour de lui, et sont obligés de le respecter, en sculpture, en peinture, le reste n’est que vanitas vanitatum, échec echecum.
Ce qui est fascinant dans les expositions de Bernard Magrez, c’est cette application intuitive de cette règle. Il y a toujours une harmonie subtile. Les tableaux choisis, les photographies présentées tournent tous autour de cette règle, ils avancent vers le scarabée, ils racontent notre monde, ils montrent son infini et sa beauté. Ce n’est pas une glorification de l’ego et de l’académisme. Tout au contraire. C’est la recherche de l’absolu et la trouvaille perpétuelle du même chiffre, celui qui déjà s’inscrivait dans le Parthénon d’Athènes et dans les Pyramides.

Qui est cette femme transformée en statue ? Être d’or, produite en plusieurs couleurs, elle est parfaite. Elle est Vénus, Isis, la Vierge du christianisme et de toutes les autres religions, elle est superbe. Elle est loin d’être une représentation idéale et embourgeoisée de la femme, mais elle est la femme réelle, celle qui vit, qui existe, et qui est désirée. Ses attaches sont fines et solides. Ses fesses sont tout un poème. Ses os sont beaux. Son regard intelligent la rend d’autant plus désirable. Elle est inouïe. Elle peuple le monde obscur de lumières et de fantasmes. Nous sommes dans l’être et le vivant. Et ainsi, nous voyons une voie vers l’éternité de l’éternel, ce fameux alpha et oméga de la peinture qui était déjà la question fondamentale des peintres des grottes de Lascaux et de la Vénus hottentote. Le monde de la création ne peut s’en sortir. Il est obligé d’approfondir, de refaire tous les jours, toutes les nuits le même travail, parce que le désir est tout le temps, toujours, de la même nature. Et c’est lui qui cristallise les forces de l’art. Qui pousse plus loin le navire, qui s’en va au loin, on ne sait où.
Notre seule liberté, c’est qu’il n’y ait pas de règle pour atteindre le nombre d’or. Chaque individu, poète, musicien de rock and roll, peintre fou de Bosnie-Herzégovine, doit être libre. Et s’il a quelque chose à dire, il ira droit comme tous les autres humains ou papillons, vers cette lumière propre peut-être à notre planète, mais qui nous aide à respirer dans notre espace et à le sublimer.
Ainsi s’en va, dans la plaine lumineuse et mélancolique, le son du corps humain qui écoute les moments silencieux de la grâce et de son infini. C’est une condition de survie de notre culture. Et si l’on regarde cette statue, on se rend compte d’une chose, elle a pris vie. Elle existe. Elle respire. Et même si c’est notre imagination qui lui a donné vie, elle existe à son tour, dans un cercle vertueux, elle est l’expression de l’art et du sublime, de la stupeur et du tremblement.

 

« Entre deux expositions »
collection et nouvelles acquisitions de l’Institut
Bernard-Magrez. Bordeaux