Le Bon Dieu aime B B

Ce que j’aime dans une fille, c’est la banlieue chic, le sourire réservé, la voix appliquée, de la précision comme seule technique, le reste, c’est le charme qui joue...

Celui discret de la jeune fille génétiquement bourgeoise, grande dame aux yeux clairs, avec toujours ces gestes précis.


Car il y a une volonté dans le regard de Brigitte. Toute une volonté. Ne pas s’ennuyer, danser, sourire, manger, marcher, chanter, jouer et encore jouer. La vie est une pièce de théâtre.


BB c’est le parfum des Trente Glorieuses. La fille d’ingénieur qui faisait des lettres, la fille du chef qui faisait de la danse. Cela revient à la mode, ce style du début, des grandes années du jerk et du hippy chic. Avec la réapparition cet été des robes blanches en dentelles, des looks style festival de Coachella, des capelines et du style Hipanema...


Nous avons tous la nostalgie des années 60. Même si nous n’étions pas nés à ces dates.


C’était le temps de l’émancipation totale de la femme totale dans l’art libre. La bourgeoise se mettait au travail rémunéré. Elle gardait sa bonne, requalifiée femme de ménage, c’était plus pratique pour les vacances.


Et la femme sur ses jambes gainées de bas inusables et chics s’en allait au bureau. C’était la civilisation du plein emploi. Du mi-temps sympa. Du temps passe-temps, la bourgeoisie s’essayait au salaire. Combien de marins, combien de capitaines, et de femmes de capitaines qui faisaient mander à bord leurs loisirs intitulés : début triomphant de la société de consommation.


Au milieu de toutes ces femmes, l’une d’entre elles était fascinante. De nos jours, on la dirait emblématique, dotée de l’A.D.N. de la société, avec les dress codes du red carpet.


Elle se dressait façon statue de la liberté. C’était une émancipation. Notre statue à nous Françaises et Français, qui sortaient de l’Occupation et s’occupaient désormais à s’enrichir, à progresser. BB était déjà riche. De tout. De beauté. De classe et de grâce. Elle jouait la femme enfant, la femme bébé, la blonde qui boude, la danseuse qui bouge dans les bouges et rend jaloux le jeune homme qui la voit danser comme on danse à Neuilly Auteuil Passy, neupap et mambo empreints de distinctions. On se serait cru à Versailles, au temps des rois, des princes et des bergères qui étaient des princesses.


Car la terrible enfant était terrible, avec son comportement aristocratique, à lui donner le Bon Dieu sans confession, et puis la reprendre, parce qu’une confession de bébé, cela ne se loupe pas. Derrière les grands yeux, c’était tout un poème, celui de la femme fleur que tout le monde regarde, sur l’écran noir et blanc, le moindre geste, et les spectateurs sentaient leur gorge s’assécher, brûler des feux de la pampa, quand les machos sortent de la messe pour aller boire de la tequila au rodéo de la grande ville.


Douce pampa de BB si intelligente, si belle, si BB. Vous menâtes votre carrière comme un hussard mène son cheval, fonçant dans les lignes ennemies de la convenance, vous qui étiez si convenable. Et vous meniez des gens dont beaucoup sont désormais morts, sur les sentiers du bécébégisme libertaire, totalement libre, sensuel, de l’éveil des sens à une sensation nouvelle : ce qui révolutionnait la vie, ce n’est pas Lénine et sa barbichette, mais le désir, flagrant objet de l’obscurité. Pensez à tous ceux, hommes femmes, moustiques et ombres du tableau qui pensaient à vous, à votre corps, les volets fermés, les lumières éteintes, dans le souffle du bonheur, du malheur qui n’existe pas, de la légère souffrance de cette jet set qui jette les feux de la rampe, où vous étiez la reine.


Partie de rien dans le cinéma, comme toute artiste, vous avez été tout, parce que votre regard montre votre stratégie, il est celui de votre père qui dirigeait des équipes, des usines, bateaux modernes de la société qui se reconstruisait pour cause de fin de guerre. Et vous étiez là, symbole de la paix dans le monde, du X factor, derrière lui, on sentait le génie de toute la vieille France, en vous qui étiez si jeune une étoile, une star, et vous l’êtes restée.