Code transversal pour Art total

Maxime Simoens est sorti major de sa promotion à la Chambre Syndicale de la couture parisienne. C’était en 2006. Depuis, il a fait un parcours exceptionnel.

 

Apparences : Vous avez modelé un univers rectiligne pour la nouvelle décoration de la grande suite de Caudalie, près de Bordeaux. Elle est située près d’un petit lac. Entourée par la nature comme sur un îlot. Avez-vous cherché le contraste entre les formes rectilignes de l’intérieur et les formes courbes du parc ?...

 

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Maxime Simoens : Mon idée était de reprendre le code de marque qui est le mien. Afin de le mélanger sur un univers bucolique. Je ne privilégie pas le courbe dans mes créations. Mon imaginaire navigue dans un espace de formes rectilignes et mathématiques.


Nous sommes souvent le produit de notre première éducation. Le goût pour une certaine linéarité primordiale est peut-être chez vous lié à une formation aux mathématiques, à l’analyse liné-aire et à la géométrie. Avez-vous passé un baccalauréat scientifique ?

En effet.

Vous êtes donc plutôt tourné sur le raisonnement analytique ?

Oui.


Est-ce une façon de vous détacher de la matière ? C’est en tout cas ce que l’on retrouve dans ce contraste entre le courbe et le rectiligne à Caudalie.
Oui. C’est ma marque : un univers géométrique faisant appel à l’algèbre, qui se détache de la matière en l’énumérant de différentes façons. J’ai repris cette façon fondamentale du code-barres, qui désigne les choses. Avec le bleu aquatique et le vert végétal, pour les mettre en valeur, en opposition avec le blanc. Cela donne des tonalités fortes, très proches de la vie.

Quelles matières avez-vous privilé-giées pour aménager la suite ?
La pierre, le granit. Mélangés avec une laque plus moderne. J’ai pris de la fourrure pour les coussins. Avec tapis en fibre naturelle et table en métal.

Vous cherchez finalement un uni-vers sans étouffement, avec une aérodynamique intégrée à notre monde. Vous faites penser un peu à Jean-Luc Godard, dans la perception qu’il avait de ses décors et ses dialogues hors du temps.
Oui. Godard est quelqu’un de très structuré. Je pense aussi, dans la même veine, à Le Corbusier. C’est une forme réinventée de classicisme qu’ils ont mise en place et qui reste incontournable.

Il ne s’agit pas d’une mode passagère. Mais d’un tournant de notre perception. Qui intègre plus que le monde moderne. N’est-ce pas une sorte de distanciation, un éloignement du monde formel, pour trouver une vérité de l’autre côté du miroir ?
On passe à un univers géométrique, très analytique. Le détachement de la matière se fait aussi par l’unité de ton. C’est un travail non pas pour l’anonymat, mais pour la personnalisation. Les textures sont travaillées en ce sens. Les formes que j’utilise, aussi.

Quel type de musique préférez-vous ?

J’aime beaucoup la musique classique.

Et votre littérature préférée ?

Zola. Et aussi, des contemporains telle Angelina David.

Vous avez conçu votre premier défilé de prêt-à-porter comme un roman. On avait l’impression que chaque mannequin était un personnage en soi. Différent des autres. Et qu’ils éclairaient un livre. Sur la musique fluide du « Lac des cygnes » de Tchaïkovski.

Il n’y a pas de courbe unique dans les corps qui sont courbes. J’aime bien la période de la Renaissance, peut-être pour cette raison. Parce que c’est une époque favorable à l’explosion de l’individualité. C’est ce que j’exprime moi-même dans mon univers du graphisme et de la géométrie.

C’est votre style. Vous utilisez ainsi la dissymétrie. Ce qui permet toute une variété. Votre défilé avait cette unité de ton qui impressionnait. Mais il était polymorphe. À l’image de notre époque. Peut-on dire qu’à la différence de Le Corbusier et Godard, qui étaient des annonciateurs de temps nouveaux, ces temps nouveaux sont désormais arrivés ? Et que vous êtes à l’intérieur de votre époque, en pleine phase avec elle ?

Un message important, c’est l’air du temps. Il faut vivre le présent.

D’autant plus que les modèles gestionnaires, politiques, ou moraux ont en grande partie échoué. Peut-être parce qu’ils font trop référence au passé. Ils étouffent toute évolution novatrice. Seuls l’art et les artistes peuvent de nos jours présenter des modèles d’espérance, ou même d’attente. Nous cherchons ainsi à développer dans notre magazine « Apparences » l’idée que nous vivons une époque qui va donc être celle de l’Art total. Pensez-vous que nous avons raison ?

Je suis d’accord. Les savoirs deviennent transversaux. Les caractéristiques ne peuvent plus être définies dans un espace restrictif. Il reste donc l’Art qui seul peut arriver à prendre en compte cette variété, ce besoin d’analyse, avec ce mélange d’intuition. Nous avons besoin d’une civilisation de l’Art total.

Vous créez des modèles de couture que l’on peut porter tous les jours. Vous mettez en valeur les jambes des femmes et leurs genoux. Coco Chanel voulait des robes et des jupes couvrant le genou. Elle trouvait que les genoux des femmes n’étaient pas beaux. Obéissait-elle simplement à la morale de son époque ou bien à des sentiments esthétiques toujours de mise, même implicitement ?

Elle avait tout à fait tort. Les genoux d’une femme peuvent être très beaux.

Ce qui ressort de votre collection, c’est le sentiment d’intelligence et de liberté de la femme moderne. Va-t-il, à plus ou moins long terme, rester une différence fondamentale entre l’homme et la femme ?

Il y a certes une tendance forte : la femme et l’homme s’androgynisent. Mais j’en reviens à ce que l’on disait à l’instant. La souplesse et l’intelligence forment cette unité de ton, et permettent, par leur nature, son polymorphisme. Les différences existeront toujours. Les rapprochements aussi.